A la Une : en Haïti l’épidémie de choléra se propage

Par Stefanie Schüler

La maladie a fait son entrée dans la capitale, Port-au-Prince où plus d’un million trois cent milles personnes vivent toujours dans les camps de fortune et donc dans une situation sanitaire plus que précaire. Mais aujourd’hui, la presse haïtienne s’alarme aussi de la découverte d’un autre foyer de choléra aux Gonaïves, la deuxième ville du pays.

Le Nouvelliste dresse un tableau saisissant de la situation sur place : « Les écoles des Gonaïves sont fermées pour la deuxième journée consécutive. Le maire de cette grande agglomération où vivent plus de 300 000 personnes, Pierrelus Sainjuste accompagne un camion de la municipalité qui ramasse les cadavres, ils sont au nombre de 16 ce jour-là ». Il existe un foyer infectieux au cœur de la ville, à Raboteau. Mais le maire est informé de l’apparition de nouveaux cas à Bayonette. « Un silence lourd s’installe », écrit le quotidien haïtien « Bayonette se trouve en milieu rural. Cela veut tout dire. Sa population est dépourvue de tout ».

Les premières manifestations spontanées ont d’ailleurs éclaté aux Gonaïves hier. « "On chie, on meurt et tout le monde s’en fout", scandent plus d’une centaine de manifestants devant la Direction sanitaire de l’Artibonite », raconte Le Nouvelliste. Et le journal haïtien poursuit : « Au bout de la rue Camayole on découvre, sur le littoral, La Saline, que les gens appellent aussi "la latrine du peuple" ». « Je viens tout juste d’y faire mes besoins », explique un habitant au Nouvelliste. « C’est franchement difficile de trouver un pouce de terrain sans excréments ». « A quelques mètres de là, gais, adorables, plus d’une dizaine d’enfants jouent à même le sol ».

D’autres journalistes qui s’interrogent sur les raisons de cette nouvelle catastrophe. Le Miami Herald est formel : « Ce drame est provoqué par l’inexcusable lenteur de tout ce qui concerne la reconstruction après le tremblement de terre. Peut-être que l’arrivée du choléra pourra faire réagir Barack Obama », espère le journal. « Le président américain avait donné son aval à une aide de 1,15 milliard de dollars pour Haïti en juillet dernier. Mais depuis, le projet est resté coincé au Congrès ».

 

Le choléra, l’ONU et Haïti   Pendant que beaucoup d’efforts sont entrepris pour contenir la propagation de l’épidémie de choléra en Haïti, nous pensons que les responsabilités civiles doivent aussi être fixées quand à la contamination de la population par le vibrio cholerae qui entraine l’hospitalisation et le décès de nombreux citoyens. Une commission d’enquête indépendante devrait faire la lumière sur cette contamination qui semble être due à une gestion irresponsable des excréta humains et du mauvais traitement de notre environnement.   Nous sommes conscients de la grande vulnérabilité du pays présente actuellement toutes les conditions favorables à l’éclosion et à la propagation de certaines pathologies liées au manque d’assainissement et d’hygiène publiques qui sont la conséquence du laxisme et de l’irresponsabilité des « dirigeants » qui se sont succédés au pouvoir durant ces cinquante dernières années… Aujourd’hui encore, les autorités et les aspirants dirigeants semblent plus préoccupés à la réalisation d’élections bidons avec de multiples rassemblements à travers le pays qui constituent des facteurs favorisant la propagation de l’épidémie sur le territoire…   En plus des facteurs liés aux cataclysmes naturels, à l’assainissement défectueux des villes du pays, d’autres facteurs externes contrôlables et condamnables viennent aggravés le tableau. En effet, les enquêtes journalistiques menées à l’occasion de l’apparition soudaine de cette épidémie de choléra dans le centre du pays et dans l’Artibonite convergent vers la responsabilité de la MINUSTAH (ONU) dans la contamination du fleuve Artibonite par une gestion irresponsable des excréta humains venant de militaires cantonnés à Mirebalais. C’est en aval de ce campement militaire, dans la population utilisant l’eau apparemment polluée par ces derniers, que les premiers cas de choléra se sont déclarés. De plus, des examens réalisés sur des prélèvements effectués sur des patients haïtiens par le « Center Diseases Control » (CDC) des Etats-Unis ont permis d’établir qu’il s’agit d’une souche asiatique de la bactérie qui serait actuellement présente en Haïti et serait responsable des nombreux cas de choléra qui se propagent dans le pays.   Il serait donc de bon ton que l’ONU dès à présent, en grande partie responsable de ce qui nous arrive aujourd’hui, s’implique plus largement dans la recherche de solutions durables dans l’éradication à moyen et à long termes de cette pathologie liée à la misère et à l’insalubrité. Nous pensons que ce n’est pas au dessus de ses moyens d’aider à augmenter le plus rapidement possible l’accessibilité à l’eau potable de la population par la rénovation et l’installation de réseaux d’eau potable dans toutes les communes, par le captage des eaux disponibles pour sa distribution par des fontaines publiques dans certaines zones, localités et habitations plus reculées du pays, au traitement et à la transformation des eaux usées, des déchets d’hôpitaux et d’origines diverses et particulièrement dans la construction de latrines et de wc dans toutes les agglomérations humaines du pays. Et ce sera en partie, justice…   En attendant que toutes les responsabilités légales soient bien fixées, nous recommandons d’ores et déjà une approche multisectorielle (Santé, Education, Culture, Intérieurs et collectivités territoriales, Travaux publiques, Environnement… ) et l’implication de toute la société ( les associations, les écoles, les églises, les média…) dans cette lutte contre ce fléau qui vient encore endeuillé les familles haïtiennes. La société entière doit se mobiliser et s’impliquer pour venir à bout de cette épidémie. Ce sera aussi, nous l’espérons bien, l’occasion pour tous les haïtiens de revoir et de corriger leur comportement vis-à-vis de leur propre environnement...   C’est un nouveau défi qui se presente encore à nous aujourd’hui. Nous saluons les nombreuses victimes du cholera et présentons nos sincères condoléances aux familles touchées par la fatalité. Nous sommes aussi solidaires des victimes de l’ouragan Toma et de celles encore nombreuses du tremblement de terre du 12 janvier dernier qui sont jusqu’à présent dans des abris précaires, sous des tentes dans différents camps à Port-au-Prince et dans les zones affectées, dix mois après cette catastrophe majeure qui a frappé le pays.   Nous sommes encore une fois durement et gravement éprouvés aujourd’hui par cette nouvelle catastrophe mais, avec la volonté, la détermination, la persévérance, la discipline, la solidarité, le savoir-faire, les compétences et la patience, nous vaincrons l’insouciance de nos « dirigeants », l’irresponsabilité et la négligence coupable de nos soi-disant amis, le sous-développement et la maladie.   Dr Dunois Erick CANTAVE Port-au-Prince, le 11 novembre 2010     KONAKOM: Le parti politique moderne pour le Renouveau d'Haïti   Des morts et des blessés dans un trafic de personnes à la frontière Nord 11 novembre 2010 Un véhicule transportant un groupe de sans-papiers haïtiens en direction de Santiago, au Nord de la République Dominicaine a percuté contre un arbre, causant la mort d’une dizaine de ses occupants sur place et 17 blessés graves, selon les témoignages recueillis par le GARR auprès de quelques victimes dont Franklin Lafond, 21 ans. L’accident est survenu dans la nuit du 1er au 2 novembre 2010. Hospitalisé pour une fracture à la jambe, le jeune Lafond rapporte qu’il faisait partie d’un groupe de «150 Haïtiens qui, depuis Jacmel, (Sud-est d’Haïti), avaient été conduits à Ouanaminthe (Nord-Est) par un trafiquant du nom de Voyèle Lafleur, le 28 octobre écoulé ». Arrivés dans la localité frontalière de Meillac, «le trafiquant nous a répartis en petits groupes de 30 personnes afin de faciliter l’entrée en territoire voisin», a expliqué Lafond. Une autre jeune victime, Ifeta Lubin, 18 ans, a déclaré que «les passagers ont failli tous mourir au moment de traverser la frontière quand une patrouille militaire a ouvert le feu sur notre véhicule piloté par un chauffeur dominicain». Il n’y avait eu aucun blessé suite à ces tirs, a-t-elle affirmé, ajoutant que le chauffeur leur avait demandé peu après de quitter le véhicule en leur indiquant une cachette. Après trois nuits dans les buissons, un autre conducteur dominicain était venu chercher le groupe le 1er novembre en vue de poursuivre le voyage, selon Ifeta Lubin. « Chaque voyageur avait versé 4000 gourdes à Voyèle Lafleur pour cette traversée.», a-t-elle souligné. De son côté, Lefane Pierre Paul, 48 ans, une autre victime hospitalisée à Ouanaminthe, a confié : « Je souffre énormément alors que je n’ai pas d’argent pour me payer les soins médicaux. » ajoutant d’un ton plein d’amertume : « Nous avons vendu tout ce que nous possédions pour payer le voyage. Malheureusement, nous n’avons pas pu arriver à destination ». Il convient de souligner que contrairement à la République Dominicaine, il n’existe jusqu’à date aucune législation spécifique punissant la traite et le trafic de personnes en Haïti. Suite à un plaidoyer mené par un collectif d’organisations dont le GARR, le Parlement haïtien avait ratifié, en 2009, la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée et ses deux protocoles additionnels dont celui relatif à la traite et le trafic de personnes. Toutefois, il manque encore une loi nationale d’application. Aux termes de l’article 2 de la loi dominicaine no 344-98 sur le trafic de personnes, il est établi que : « Si comme résultat ou à l’occasion de voyages illégaux, devait se produire la mort d’une ou de plusieurs personnes, on imposera aux responsables de n’importe quelle action punie par la présente loi une peine de réclusion non inferieure à 20 ans et non supérieure à 30 ans et des amendes entre 25 mille et 100 mille pesos de même que l’obligation d’indemniser les membres de la famille des victimes pour concept de dommages et intérêts ».      

Lisane André Responsable de la Section Communication & Plaidoyer GARR